DU MODELE DU TELEGRAPHE A CELUI
D’ORCHESTRE
I.
INTRODUCTION :
Présentée initialement comme un simple
transfert d’informations d’une source à un récepteur, la recherche sur la
communication a connu un développement fulgurant au cours du vingtième siècle.
Son intérêt dans les différents secteurs d’activité de la vie humaine a poussé
les chercheurs à élaborer des modèles afin d’identifier les éléments
fondamentaux dans un processus de communication et de mieux cerner ses aspects
essentiels.
II.
LES GRANDS MODELES DE LA
COMMUNICATION :
Il existe, chronologiquement, cinq (5)
grands modèles conceptuels de la communication : le modèle télégraphique,
le modèle de l’orchestre, le modèle de l’influence, le modèle sémiologique et
le modèle pragmatique. Nous étudierons, pour chaque modèle, son cadre de
référence, ses apports théoriques, ses limites et ses différents courants de
pensée.
II.1 : Le
modèle télégraphique de Shannon et Weaver :
a.
Cadre de référence : c’est un modèle mathématique qui a
pour principal objectif d’étudier les problèmes de transmission (vitesse et
quantité d’information) entre un émetteur et un récepteur en minimisant les
pertes liées au bruit. Ici l’information est entendue au sens technique.
b.
Apports théoriques : l’apport majeur de ce modèle est le
concept de code (qui influencera ultérieurement les saussuriens). En effet, la
première condition pour faciliter la transmission d’informations est que le
message soit transformé en codes. De plus, le modèle de Claude Shannon et
Warren Weaver a ouvert la voie à l’étude aux nombreuses recherches sur la
communication.
c.
Limites :
ce modèle est très réducteur car il considère la communication comme un
processus linéaire (non prise en compte de la rétroaction). De plus, il ignore
la pluralité des acteurs (émetteur et récepteur), le contexte de leurs
interactions et la signification des messages transférés.
II.2 : Le
modèle de l’orchestre de Schramm :
a.
Cadre de référence : c’est un modèle qui maintient certes
le code comme précédemment mais aussi les différentes étapes de la codification
et de la décodification pour rendre compte de la communication de masse.
b.
Apports théoriques : parmi les apports majeurs de Wilbur
Schramm, on peut citer :
ü
le fait de considérer la codification et la
décodification comme un processus sémiotique et non technique.
ü
l’intégration de la rétroaction pour rendre compte de la
double compétence de tout locuteur : encodeur et décodeur. Ainsi, la
communication devient interpersonnelle. Chaque acteur devient en même temps un
émetteur/encodeur et un récepteur/décodeur.
c.
Limites :
ce modèle, qualifié aussi de transactionnel, présente une vision réductrice de
la communication car il s’adapte difficilement à la diffusion des média. De
plus, il est fortement influencé par les idées béhavioristes en vogue aux
Etats-Unis à l’époque surtout durant les périodes de la seconde guerre mondiale
et de la guerre froide.
II.3 : Le
modèle de l’influence de Lasswell :
a.
Cadre de référence : ce modèle qui décrit les facteurs
intervenant dans la communication de masse en répondant aux cinq questions suivantes
: Qui? Dit quoi? Par quel(s) moyen(s)? A qui? Pour quels effets? Autrement dit,
Harold Dwight Lasswell conçoit la communication comme un processus d’influence
b.
Apports théoriques : les apports majeurs de ce modèle
sont :
ü
le fait de dépasser la simple problématique de la
transmission de messages et d’envisager la communication comme un processus
dynamique,
ü
le fait de mettre l’accent sur les finalités et les
effets de la communication.
c.
Limites :
ce modèle présente une vision simpliste car il est descriptif. La communication
est limitée à la seule dimension persuasive donc autoritaire. De plus, il
n’intègre pas la rétroaction et le contexte d’intervention des locuteurs.
II.4 : Le
modèle sémiologique de Saussure :
a.
Cadre de référence : c’est un modèle qui considère la
langue (libérée de la parole) comme un système et la clé de voûte pour
comprendre les phénomènes de communication.
b.
Apports théoriques : le modèle de Ferdinand de Saussure
apporte des éléments essentiels à la recherche théorique parmi lesquels on peut
citer :
ü
la séparation de la langue en tant que fait social de la
parole en tant que réalisation individuelle. Ainsi la langue devient un code,
un système de signes.
ü
le développement de la Sémiologie considérée une nouvelle
discipline qui étudie les signes en dehors de leurs réalisations
concrètes.
c.
Courants dérivés : après Saussure, des linguistes
font par ailleurs la distinction entre signes communicatifs et signes
significatifs donnant naissance à deux courants de pensée :
ü
la sémiologie de la communication : pour les tenants
de ce courant (dont Buyssens et Prieto), c’est l'intentionnalité
de l’acte de communication qui est le critère fondamental à considérer pour
l’étude des codes. Ils accordent donc une place de choix à l’émetteur mais
ignorent les individus communicants et leurs appartenances sociales.
ü
la sémiologie de la signification : pour les tenants
de ce courant (dont Barthes et Hjelmslev), très influencés par la psychanalyse
et le matérialisme historique, c’est l’analyse des systèmes
de signes en tant que produits d’une classe sociale qui est le but de la
Sémiologie.
d.
Limites :
ce modèle est très réducteur car :
ü
il ignore les locuteurs, les contextes sociologique et
psychologique dans lesquels ils interagissent,
ü
il considère, à l’image du modèle télégraphique, la
communication comme un processus linéaire (non prise en compte du feed-back).
II.5 : Le
modèle pragmatique :
a.
Cadre de référence : ce modèle a pour principal objectif
de donner à la communication son aspect pratique. Pour cela, il faut, d’après Meunier et Peraya, nécessairement intégrer le discours
en tant qu'acte de communication dans un contexte spatio-temporel faisant
intervenir des interlocuteurs ayant des spécificités individuelles.
b.
Courants dérivés : le modèle pragmatique a connu plusieurs courants de
pensée parmi lesquels on peut citer :
ü
la pragmatique linguistique de l’énonciation de Roman
Jakobson qui permet d’enraciner l’énoncé dans une situation d’énonciation grâce
aux embrayeurs,
ü
la pragmatique intégrée de Ducrot et d’Ascombre sur
l’argumentation et la présupposition considérées comme des actes de langage
particuliers,
ü
la pragmatique d’inspiration psychosociale de l’école de
Palo Alto qui considère que la communication comporte deux volets essentiels :
le contenu et la relation,
ü
la pragmatique anglo-saxonne d’Austin pour qui les actes
de langages sont des actes illocutionnaires (avec plusieurs variantes suivant
Wittgenstein, Ducrot, Flahaut, Goffman et Lyotard),
ü
la pragmatique d’inspiration cognitiviste (développée par
Sperber, Wilson, Langacker et Laird) dont l’objectif est de mettre en évidence
les mécanismes d’interprétation et de compréhension des textes,
ü
la pragmatique inférentielle de Grice où l’énoncé et le
vouloir dire du locuteur s’infèrent dans le contexte d’énonciation.
c.
Apports théoriques : les apports majeurs du modèle
pragmatique sont la réintroduction des actes de paroles, qui étaient exclus
dans le modèle saussurien, dans le processus de communication ; la prise
en compte des locuteurs, de leur contexte sociologique et de leurs interactions
réciproques.
III.
CONCLUSION :
Les études sur les grands modèles de la communication sont
importantes sur le plan de l’enseignement/apprentissage. En effet, des
influences ont été notées entre certains modèles d’apprentissage tels que le
Behaviorisme et certains modèles de communication. Elles permettent d’éclairer
la communication pédagogique sous un angle nouveau.
IV.
BIBLIOGRAPHIE :
ü
Meunier J.P. et Peraya D, Extrait de l’ouvrage Introduction aux
théories de la communication, de Boeck.
ü
Jean
Lohisse, La communication : de la transmission à la relation
ü
François Heinderyckx,
Une
introduction aux fondements théoriques de l'étude des médias
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